Cet article a été affiché le 8 avril 2008 à 14:28 et déposé sous Carrière, Hors série . Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via le flux RSS 2.0. Vous pouvez laissez une réponse, ou un trackback de votre propre site.
« Le moins possible de terre ! », s’exclame notre interlocuteur de Tereos, qui sait bien que nous, carriers, venons le voir pour parler de cette tare-terre, qui colle encore aux betteraves fournies par ses 900 associés-coopérateurs, récoltants installés sur les plateaux du Soissonnais, la vallée de l’Aisne et la Seine-et-Marne.
170 000 tonnes de sucre
Mr Ployart, directeur de la sucrerie plus que centenaire, de Bucy-le-Long, fondée sous un autre nom en 1887, reconstruite en 1920 après la Grande Guerre, nous livre ses chiffres. Lorsque l’on travaille dans le milieu des carrières de granulats, l’on manie forcément des tonnes de sables et graviers. Mais ici, à Bucy-le-Long, les tonnages dépassent ceux connus par l’exploitation des gravières de la vallée de l’Aisne. Voyez un peu ! La sucrerie reçoit et traite pas moins de 1,4 million de tonnes de betteraves à sucre en une seule saison. 18 000 tonnes arrivent 22 heures par jour. Le silo de l’usine stocke 20 000 tonnes, compte-tenu de l’absence voulue pour le calme, de trafic de camions du samedi soir au lundi matin. La campagne dure environ 95 jours, de septembre à décembre. Et les « chénopodiacées » -nom savant de la betterave à sucre- vont permettre de produire 170 000 tonnes de sucre (15% de leur poids total), de distiller 400 000 hl d’alcool brut, nommé « flegme » et puis encore de sécher 165 000 tonnes de pulpe, destinées à la nourriture du bétail.
Les 11 sucreries du groupe Tereos en FRANCE, produisent 1 300 000 tonnes de sucre. Cela équivaut- très grosso-modo- à plus de 13 millions de tonnes de betteraves, et… à 1 300 000 tonnes de terre véhiculée avec les betteraves, soit presque la moitié de la production de granulats du département de l’Aisne. Impressionnant !
130 000 tonnes de tare-terre fatales
Pour en revenir au sujet, notre tare-terre -le terme est plus élégant que celui de tare, n’est-ce pas ?- à Bucy-le-long, malgré les efforts des agriculteurs pour en livrer le moins possible, représente encore 130 000 tonnes fatales. Et pourtant l’usine fait tout ce qu’elle peut pour intéresser les planteurs-livreurs de betteraves à l’économie de la tare-terre, par un système de bonus-malus, qui influence le niveau de leur rémunération. Ceux-ci doivent veiller à l’arrachage, et sont dotés de « déterreurs ».
« Cette excellente terre », affirme le directeur, « mais, c’est du transport en trop » ! Pensez : 800 camions arrivent quotidiennement à l’usine à 32 km à la ronde! Avec zéro tonne de tare-terre, Tereos aurait à rémunérer 10% de camions en moins. Songez que la betterave contient déjà à l’arrivée à l’usine, 80% de son poids d’eau.
Cela arrangerait pas mal de monde, ce toujours-moins-de- terre, sauf les transporteurs routiers, mais aussi les exploitants de carrières, car ces derniers, avec cette terre, ont remis en état une part de leurs sites en les remblayant partiellement, pour y recréer des plantations conservatoires.
Une tare-terre sans tares
Ils font, évidemment confiance à la qualité de cette « terre de surface », garantie par Tereos. Les arrêtés préfectoraux, qui encadrent les activités de cette sucrerie, comme celle de Vic/Aisne et des carrières toutes proches, sont hyper-stricts. La qualité de la terre doit être irréprochable. « Elle ne contient pas de métaux lourds ! ». Si elle ne respectait pas les valeurs fixées aux arrêtés préfectoraux, les services de la Drire Picardie réagiraient sèchement, tant chez Tereos que chez les carriers. Les agriculteurs savent que cette terre est bonne. Ceux qui sont proches de la sucrerie ne se font d’ailleurs pas du tout prier pour reprendre la terre de leurs confrères sur leurs champs. « Rien ne se perd, rien ne se crée », écrivait Monsieur Lavoisier.
Les entreprises de travaux publics sont aussi intéressées par cette terre en trop. Ainsi Morin Travaux Publics, travaille-t-il avec Tereos. Cette terre lui permettra d’aménager les talus qui bordent la route proche de l’usine, qu’il remet en état.
Limiter le foncier
La terre aurait pu aller se reposer, tranquillement dans les bassins de décantation de la sucrerie, de part et d’autre de la RN2. On connait aussi les bassins de décantation dans les carrières où l’on lave les granulats sur place pour les dégager de la terre et de l’argile, les clients du BTP n’acceptant pas de granulats impropres à l’usage. Mais, indique Mr Ployart, malgré les 80 ha qui accueillent les bassins de recyclage total des eaux de lavage des betteraves, sur les 100 que compte la sucrerie, il faut évacuer cette terre encombrante. « Nous sommes limités » ajoute-t-il. Nous avons rehaussé les bassins, il nous faut des sorties régulières, même s’il reste encore de la place dans les bassins ». Son métier n’est pas de geler du foncier en haut de bilan. Il a des actionnaires-coopérateurs qui attendent, évidemment, un revenu de l’activité de la sucrerie.
D’autres points concernent le pilier environnemental du développement durable de l’usine, à côté de l’objectif de « moins de transport » du directeur. Notons en 2007, le renforcement de la station d’épuration des effluents, qui pourrait couvrir par exemple la ville de Soissons.
Nouveau règlement sucrier européen : l’incertitude
Et l’avenir de la sucrerie ? Le secteur du sucre s’est déjà largement restructuré en France et en Europe. Il risque de continuer à le faire. Le directeur évoque l’incertitude du sort de la sucrerie Saint Louis Sucre à Guignicourt, et de ses 120 salariés -toujours dans la vallée de l’Aisne. En effet le nouveau règlement sucrier européen -« Le premier a été inopérant ! » souligne A. Ployart- risque d’amener à « fermer les sites les moins compétitifs ».
Nous avons du mal à comprendre cela, quand les sucreries produisent aussi de l’alcool. Celui de Bucy-le-Long rejoint l’usine de biocarburants d’Origny-Ste-Benoite, flambant neuve. L’alcool, dit « Surfin » avec ses 96°, concerne aussi les industries pharmaceutiques, des spiritueux, et de la parfumerie. Alors les agriculteurs dans tout cela, que deviendront-ils ? A Bucy-le-Long, en juillet 2007, l’établissement industriel emploie 150 salariés, les Services Centraux du Groupe 20, et 60 saisonniers épaulent les autres le moment venu. La moyenne d’âge est élevée, avec un âge moyen de plus de 50 ans chez Tereos-Bucy.
